Journée mondiale contre la douleur, 16 octobre
« Ça va passer. » « tu exagères. » « C’est dans ta tête. » « Prends un doliprane. »
Si tu as déjà dit à quelqu’un que tu avais mal, tu as peut-être entendu l’une de ces phrases. Et si tu as des règles, il y a de fortes chances que tu les aies entendues dès l’adolescence, de la bouche de proches, d’amies, parfois de soignants.
Une douleur qu’on croit moins
Le constat est documenté : la douleur des femmes est plus souvent mise en doute, attribuée au stress ou à l’émotivité, et prise en charge plus tardivement. Les études sur le sujet ne sont pas toutes concordantes, mais plusieurs montrent que les femmes sont moins bien soulagées que les hommes à douleur équivalente. Aux urgences américaines, par exemple, elles recevaient moins souvent des opioïdes pour une douleur abdominale aiguë (Chen et al., 2008). En France, l’Académie nationale de médecine a de son côté alerté sur les inégalités de prise en charge des femmes, notamment pour l’infarctus.
Ce n’est pas une question de « sensibilité ». C’est une question de crédit accordé à la parole. Quand on te dit que ta douleur est exagérée, tu finis par te demander si tu l’es, exagérée. Et tu te tais.
Les règles douloureuses, championnes de la banalisation
Les règles cumulent tout : une douleur cyclique, qui touche beaucoup de monde, dont on a longtemps pensé qu’elle faisait « partie du package ». Résultat : on la banalise deux fois, parce que c’est « une douleur de femme » et parce que c’est « normal ».
Or fréquent ne veut pas dire normal. En France, une grande étude de l’Inserm menée auprès de plus de 21 000 femmes de 18 à 49 ans montre que la grande majorité ressent des douleurs pendant ses règles, et que 40 % de celles qui ont mal décrivent une douleur modérée à sévère. Un inconfort léger, c’est une chose. Des douleurs qui t’empêchent d’aller en cours, de travailler, de te lever, qui reviennent chaque mois et que les antidouleurs ne soulagent pas, en sont une autre.
Tu as le droit de ne pas « faire avec ».
Ce que ça fait, concrètement
- On attend des années avant d’en parler, parce qu’on pense que tout le monde a aussi mal.
- On se force à tenir, à sourire, à performer pendant ses règles.
- On se justifie, ou on invente une autre excuse pour ne pas dire « j’ai mal à cause de mes règles ».
- On arrive chez le médecin en minimisant soi-même ses symptômes, de peur de ne pas être crue.
- On apprend aux plus jeunes que c’est comme ça. Alors que c’est justement à elles et eux qu’on peut transmettre autre chose.
Ce qu’on peut faire, à notre échelle
Nommer la douleur. Dire « j’ai mal » sans « mais ça va » derrière.
Noter ses cycles et ses symptômes. Intensité, durée, ce qui soulage ou non. Cela t’aide à mettre des mots précis, et un carnet de symptômes pèse bien plus qu’un « je ne sais pas, j’ai mal ».
Consulter quand la douleur est forte, qu’elle s’aggrave ou qu’elle perturbe ton quotidien. Une douleur intense n’est pas à normaliser : elle peut avoir une cause médicale qui mérite d’être cherchée. Je ne suis pas médecin, mon rôle est d’éduquer, pas de poser un diagnostic. Insiste, redemande un avis, change de professionnel·le si tu ne te sens pas écouté·e.
Croire les autres. Quand une amie, une collègue, ta fille, ton fils dit qu’il ou elle a mal, commence par : « Ta douleur est légitime. »
Éduquer dès le départ. Dans mes ateliers, j’explique aux jeunes ce qu’est un cycle, ce qui est courant, et ce qui mérite qu’on en parle à un adulte ou à un médecin. Savoir que sa douleur est légitime, c’est déjà se protéger.
Pour aller plus loin
Si tu as déjà entendu que « avoir mal pendant ses règles, c’est normal », j’ai écrit un article pour déconstruire cette idée reçue : avoir mal pendant ses règles, c’est normal. Tu y trouveras ce qui se passe dans le corps, pourquoi on peut avoir mal et qui peut t’aider. Et si tu cherches des pistes concrètes pour te sentir mieux dès ce mois-ci, j’ai rassemblé des astuces pour soulager les douleurs de règles : chaleur, hydratation, alimentation, mouvement, massage…
Pour conclure
La douleur n’est pas une preuve de force quand on la supporte en silence. C’est une information que ton corps te donne, et tu as le droit qu’on l’écoute.
Cette journée du 16 octobre, offre-toi (et offre aux autres) une phrase simple : « Ta douleur est légitime« .
Et toi, as-tu déjà eu l’impression qu’on minimisait ta douleur ? 💬
Partage ton expérience en commentaires : ton témoignage peut aider d’autres personnes à se sentir moins seul·e·s, et à oser en parler. 🌸👇